Que penser de la Loi Evin ?

  • Que penser de la Loi Evin ?

Chers amis, l’heure est grave.

Vous suivez surement l’actualité de notre beau pays d’un coin de votre œil avisé et avez remarqué que sur un certain nombre de sujets, on se moquait régulièrement de nous. Le vin n’échappe malheureusement pas à ce prisme politico-médiatique et à voir le traitement qu’on lui réserve sur les ondes, les grandes chaînes de télévision et sur les bancs de l’assemblée, l’amateur qui sommeille en vous ne peut être que circonspect.

Comment attaquer ainsi l’un des derniers fleurons de notre culture, l’une des fiertés de notre nation, l’élément phare de nos plus beaux paysages, un bout de notre histoire, de nos valeurs, de nos modes de vie et accessoirement le second moteur de nos exportations après l’aéronautique ?

Les médias s’extasient littéralement à chaque vente de rafales, un avion de guerre aussi redoutable que cher, et personne pour féliciter l’incroyable bon de certaines appellations en Chine ou aux Etats-Unis.

A la place fleurissent des documentaires suspicieux qui tentent de lever le voile sur une mafia de grands crus bordelais qui tiendrait le marché par le col et jouerait à la spéculation de ses vins pour s’en mettre plein les poches.

La France reste championne toute catégorie dans la discipline qu’elle a probablement inventée : le coup de fusil dans le pied !

C’est à chaque fois la même chose, le fruit ancestral des plus beaux terroirs de nos petits villages français est présenté comme un poison et comme la cause de tous les maux qui nous touchent. Entretenir la peur et étendre l’extension du danger pour faire croire que l’on combat un fléau que l’on surestime bien souvent, que l’on caricature et dont on ne trouvera pas le remède un jour : l’alcoolisme.

C’est bien simple, on peut parler du vin dans les médias, à condition dans dire du mal. Ce qui est pratique en somme, car c’est ce qui fait de l’audimat et cela ne tombe pas sous le coup de la loi qui quadrille l’exposition médiatique du jus de raisin fermenté : la loi Evin.

C’est ainsi qu’un grand nombre de viticulteurs et fervents défenseurs de la cause viticole tape depuis 24 ans sur ce pauvre Monsieur Evin, pour sa loi éponyme, qui limite au strict minimum la publicité sur l’alcool et mélange un produit historique et culturel comme le vin avec les pires tord-boyaux industriels. Comme si l’on pouvait tout mettre dans le même sac à vin. Les viticulteurs sont furieux, la presse spécialisée se déchaine, certains députes défendant leurs terroirs ont même réussi un putsch à l’assemblée en passant discrètement un amendement l’assouplissant, mettant en rogne Marisol Touraine, notre ministre de la Santé.

Cocorico ! L’esprit frondeur français se réveille. Mais faut-il pour autant crier victoire ? Et si cette loi, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est loin d’être parfaite, n’était pas le «garde flou» de projets encore plus prohibitifs déjà en préparation ? A trop vouloir s’en affranchir, ne risque t’on pas de causer le pire ?

Pour l’ANPAA (l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie), cette bonne loi Evin ne va pas assez loin car elle n’est pas appliquée à la lettre. Pour elle, un article journalistique, mettant en valeur un terroir, un vigneron et son vin est une publicité qui devrait tomber sous le coup de la loi. Le dernier supplément vin du journal le Monde prouve que la presse n’est en rien inquiétée. Et temps mieux.

A force d’aboyer avec la meute, non sans raison, ne met-on pas en péril l’équilibre d’une loi qui limite certes l’étendue de la communication du vin, mais ne l’interdit pas complètement.

Si on l’y pense, la Loi Evin est par certains cotés assez permissive. Elle nous préserve même des affres de la publicité de masse.

L’alcool est dangereux pour la santé... Les mentions légales fleurissent sur nos bouteilles mais ces petits messages illisibles n’ont jamais fait peur aux âmes (et corps) sensibles. Elles ne défigurent pas encore nos étiquettes et restent, convenons-le, du domaine de l’acceptable, surtout quand on voit le traitement beaucoup plus sévère des paquets de cigarette. Alors gardons nous bien de tenter le diable de l’ANPAA qui rhabillerait bien nos plus belles bouteilles d’un « Boire Tue » catégorique.

Plus inquiétante, la silencieuse censure post 7 janvier 2015, des médias vis-à-vis des signes religieux. Il n’y a qu’à voir la météo de la chaîne France 2 pour se rendre compte que pernicieusement nos dirigeants ont gommé les saints pour ne pas effrayer les adeptes d’une religion toute aussi extrémiste que les autres : la laïcité. Imaginez un instant si cela s’appliquer à nos vins. Plus de Saint-Emilion, ni de Saint-Estèphe, Saint-Julien, Saint-Amour, Saint Joseph... Vous voyez, la menace ne vient pas toujours de là où on l’attend.

Autre bon point, jamais relevé, de cette fameuse loi Evin : la publicité. Il faut être cohérent avec ces convictions. Si nous ouvrons la publicité aux vins, il est fort à parier que nous aurons droit en guise de récompense à d’ignobles spots TV en faveur des marques les plus industrialisées de la viticulture française. Il ne faudra pas se plaindre quand on verra 10 fois par jour, un film regroupant l’ensemble des clichés du monde du vin réunis pour vanter les mérites incroyables du Baron de Lestac avec pour slogan original : « Ce Bordeaux, c’est quelqu’un ! ». Pire, vous aurez beau zapper, vous n’échapperez pas à la campagne kitschissime des Bordeaux rosés où l’on a forcé un viticulteur à « slamer » face caméra sur une musique de Claude François. La publicité limite déjà par son coût le potentiel d’annonceurs. Pas la place pour les petits producteurs quand on connait le prix de la seconde d’antenne !

Bien sûr, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes mais il faut aussi savoir pourquoi on se bat. Si l’abrogation de loi Evin n’a pour seul résultat que celui de donner du temps d’antenne et une exposition supplémentaire à des chaines de production qui vendent déjà des millions de bouteilles et qui sont bien loin du travail et de la philosophie de vignerons paysans, le combat en vaut-il la peine ?

Que le vin soit absent de la boîte à cons qu’est devenu la télévision française n’est pas le plus gros problème de la viticulture. Que des lois limitent et encadrent les boissons alcoolisées, quelles qu’elles soient, c’est normal. Le combat est ailleurs, il passe par l’éducation. L’éducation aux goûts, aux bons produits, aux plaisirs des accords entre la table et le verre, à une consommation responsable.

Alors accordons-nous tous ensemble pour sensibiliser les générations futures. Apprenons-leur comment les apprécier à leur juste valeur et donnons-leur les clés d’une approche gustative intelligente et constructive, au lieu de perdre notre temps à nous battre contre le moulin à vent de la Loi Evin. 

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