Faut-il boire avec modération ?

  • Faut-il boire avec modération ?

Chers amis, l’heure est grave.

Nous vivons dans une époque formidablement complexe où le progrès a comme seule limite celle de notre imagination bridée par notre peur de l’inconnu. La science fait des miracles auxquels elle n’a jamais crus, repoussant toujours plus loin notre espérance de vie, notre confort quotidien et la compréhension de notre petit monde fascinant.

Nous venons de découvrir Kepler-186f, la planète jumelle de la Terre, donnant un nouveau sens à l’exploration de notre univers, nous parvenons à retransmettre la sensation du toucher à un homme amputé grâce à des prothèses artificielles, nous combattons de mieux en mieux le mal du siècle qu’est le cancer et pourtant ce cher Laurent Cabrol, fort sympathique au demeurant, n’est pas foutu de nous dire avec justesse quel temps il fera demain. De quoi angoisser terriblement une grande partie de la population qui, ne pouvant assurer son avenir météo proche, reste scotchée à sa radio à l’affut des annonces préventives, pour savoir si oui ou non il faudra sortir avec un parapluie.

La prévention et le principe de précaution, voilà notre manière de combattre l’inconnu qui subsiste malgré tout nos efforts. La peur du vide comblée par un flot d’information sans fond. Bien sûr, tout ça est nécessaire dans de nombreux cas mais on voit de plus en plus fleurir des messages préventifs sur tout et n’importe quoi.

On vous aura prévenus !

«Mangez 5 fruits et légumes par jour», « fumer tue », risque de neige en hiver, de bouchons en périodes estivales... Des messages qui tombent sous le sens mais qui surlignent notre quotidien comme si notre raison seule ne pouvait y faire face. Assistés jusque dans le choix de nos aliments, nous pouvons nous attendre à voir apparaitre bientôt en bande annonce d’une comédie la mention : « Film drôle pouvant provoquer des fous rires et causer des brulures à l’abdomen ou des étourdissements allant jusqu’à la syncope ».

Et que penser de celle qui nous intéresse particulièrement : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération » ?

Si l’on passe sur le fait que l’abus de toute chose comestible (et même de manière plus générale) est dangereux pour la santé, cette phrase de prévention reste mystérieuse. Quelle est la limite ? A quel moment ne suis-je plus dans la modération ? Et faut-il respecter à la lettre les «gardes flous » de la prévention ?

Où est la limite de l’excès ?

Les services publics, soucieux de réglementer une « pratique à risque », ont bien essayé de cadrer cette modération mais il n’est pas facile de chiffrer l’abus en un nombre de verre. « 2 verres par jour pour les femmes contre 3 pour les hommes. Jamais plus de 4 verres en une seule occasion ». Une situation inégalitaire que les féministes ne manqueront pas de relevé et un flou persistant quand au type d’alcool et à la taille des verres.

Tout ça manque cruellement de sérieux me souffle t’on.

« La modération c’est boire sans (se) créer de problème » peut on lire sur un site préventif suisse plus philosophique que comptable. Ainsi tout le monde peut fixer sa propre limite... Cet argument ne devrait malheureusement pas passer auprès de nos amis de la maréchaussée au moment de souffler dans le ballon. DURA LEX, SED LEX.

Si l’on écoute avec un peu de bonne volonté les défenseurs d’une consommation responsable, que l’on acquiesce promptement les éléments irréfutables (il y a un risque de dépendance et de maladies graves liées à l’alcool), faut-il pour autant s’y soustraire ?

Les gens intelligents boivent plus que les autres

Et bien non... Tout du moins si l’on en croit deux études très sérieuses sur ce sujet, qui tendent à démontrer que la consommation d’alcool serait liée au QI. Cela va en faire sourire plus d’un et on trouvera facilement un nombre de contre-exemples affolants mais d’après ces études, plus on est intelligent plus on boit.

L’alcool n’a jamais rendu personne brillant mais il semblerait que nos capacités intellectuelles nous poussent à consommer plus d’alcool que la moyenne. L’abus d’alcool pourrait alors être le résultat d’une intelligence rare.

Les chercheurs ont suivi des étudiants, classés par niveau scolaire. Une fois adultes, les personnes très intelligentes consommeraient 80 % d’alcool en plus. Dans un premier temps, les chercheurs ont observé des enfants âgés de moins de 16 ans. Les jeunes individus étaient classés en cinq catégories distinctes, selon leur niveau scolaire: très faible, faible, normal, brillant, très brillant. Ces enfants ont ensuite été recontactés des années plus tard. Des deux côtés de l’Atlantique le constat est identique: les enfants brillants et très brillants consomment plus d’alcool que ceux classés dans les catégories faibles et très faibles. Les chercheurs ont tenu à préciser que ce n’est ni la classe sociale, ni la richesse des parents qui entraînaient cette plus grande consommation, mais bien l’intelligence seule.

Pas la peine de se ruer sur une bouteille pour autant, car si tant est que ces études disent vrai, l’inverse n’est en rien garantie, bien au contraire.

Le manque d’éducation est dangereux pour la santé

Et si on prenait le problème à l’envers plutôt que de s’en débarrasser en placardant sur toutes les boissons alcoolisées existantes une mention aussi générale, imprécise qu’inefficace. Comme il semble assez peu probable que l’alcool sous toutes ses formes disparaisse de nos sociétés, après plus de 10 000 ans d’existence, d’un coup de baguette magique, il faut apprendre à mieux vivre avec.

L’éducation à un produit, à une histoire, à une culture, mais aussi à un mode de consommation et de partage... Voilà de quoi donner plus de sens qu’une simple mesure préventive globale.

Eduquer la raison pour que chacun puisse établir ses propres limites, apprendre à faire la fête pour que celle-ci puisse exister autrement que dans l’outrance et l’inculture de pratique comme le binge drinking, sorte de cuite express sans aucun sens.

Redonner du sens, voilà ce qu’il manque à la modération et aux conseils de vie puritains.

On terminera sur les mots d’un politique bien connu pour son penchant pour la vie et son sens de la formule, Sir Winston Churchill : « Une pomme par jour éloigne le médecin... Si on vise bien ».

Santé à tous !

Newsletter

PayPal

LePourBoire 22 rue du cloitre saint merri 75004 PARIS Tlphone : 09 81 98 44 70