A table avec Pierre Desproges

  • A table avec Pierre Desproges

Chers amis, l’heure est grave.

Nous entretenons depuis des mois, et pour certains des plus fidèles, une année, une relation épistolaire à sens unique. Astuces, conseils, débats, questions vino-métaphysiques existentielles, nous explorons pour vous, tous les sentiers du savoir boire et bien vivre, non sans plaisir, humour et irrévérence.  Votre guide préféré, bien que d’une utilité publique incontestable, a décidé ce mois-ci de vous faire découvrir les textes d’un autre et de vous inviter à lire un recueil de critiques gastronomiques d’un ancien genre, tout à fait unique et toujours d’actualité. Je vous entends déjà maugréer malicieusement: « Le Pourboire serait-il épuisé ? Aurait-il perdu de sa fraicheur et de son ingéniosité, pour nous proposer du déjà vu, un texte suranné réchauffé pour l’occasion pour faire passer une période d’inspiration molle ? »

Rien de tout ça camarades, bien au contraire. Le Pourboire s’incline juste devant le talent et la verve de Pierre Desproges, humoriste, écrivain, trublion du petit écran et surtout bon vivant franc buveur. Nous souhaitions lui rendre hommage alors que sort dans toutes les bonnes librairies « Encore des nouilles » le recueil de ses chroniques culinaires publiées entre 1984 et 1985 dans la revue Cuisine et Vins de France.

On connait le personnage pour ces sketchs hilarants, sa plume acerbe, ses chroniques de la violence ordinaires, ses jeux de mots caustiques et ses impertinences télévisuelles mais peu pour son amour des plaisirs de la table, sa passion pour le Château Figeac, et ses textes à la gloire d’une certaine idée de la gastronomie française.

« Devant mon incapacité à fabriquer des bibliothèques ou des porte-revues, je me suis mis à la bouffe ». Le ton est donné.

Comment diable Pierre Desproges le subversif a pu se retrouver à écrire dans une revue aussi conventionnelle et bourgeoise que « Cuisine et Vins de France » ?

C’est l’histoire d’une chronique improbable que nous raconte en préambule Elisabeth de Meurville, critique culinaire et instigatrice de cette collaboration surprenante. L’histoire d’une rencontre, à table bien sûr, et de « confidences sur l’assiette » : « Ma cave, c’est toute ma vie » lui confesse Desproges. S’ensuit une passionnante discussion sur la cuisine et son amour des pattes. A la fin du déjeuner, vient alors comme une évidence cette proposition : écrire une chronique pour le mensuel. « Pas le temps, trop de boulot… » lui répond l’intéressé. Mais Elisabeth n’a pas que des tours dans son sac et lui propose le lendemain un autre type de marché : «  Si vous acceptez cette rubrique, je vous paye en liquide… rouge ou blanc ! » Eclat de rire, c’était gagné.

On parcourt avec plaisir les textes enfin réunis et illustrés par les amis de l’auteur, fondateurs du journal satirique Hara-Kiri, Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski.

C’est tordant bien sûr, absurde parfois, souvent grivois mais toujours très juste. Desproges s’élance tour à tour dans un hommage vibrant à Jonathan Paxabouille, « l’humble et génial inventeur du pain pour saucer », raconte avec ferveur une grande déception amoureuse causée par l’outrecuidance d’une femme coupant un Figeac 71 avec de l’eau (« je ne l’ai plus jamais aimée »), s’érige en pourfendeur des traditions phallocratiques misogynes de la sommellerie (« Je vous demande pardon, monsieur, mais dans ma famille, ce sont les femmes qui font les gosses et qui goûtent les vins »)…

Un extrait pour vous mettre le vin à la bouche (l’expression détournée prend ici tout son sens), avec un texte portant sur son « aquaphobie » :

« En serrant les dents, il m’arrive couramment de supporter sans broncher la misère effroyable du Tiers-Monde, la menace imminente d’une lumineuse apocalypse thermonucléaire, voire même l’inamovible sottise des cuistres sub-jauressiens au pouvoir chez nous depuis que la rose a remplacé le fumier qui la fit éclore. Mais la compagnie d’un buveur d’eau, non, décidemment, je ne puis m’y faire. Que Madame Evian, Monsieur Badoit et la Compagnie des robinets me pardonnent, mais le produit dont ils inondent _ c’est le cas de le dire _ le marché ne vaut rien à l’honnête homme. L’indigence crasse de mon savoir scientifique ne m’autorisera jamais à déceler quelles particules toxiques se cachent dans ce subtile mélange chimique d’hydrogène et d’oxygène constituant l’aqua simplex, mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il y a dans l’eau un goût étrange qu’on ne retrouve pas dans le Château Lascombes 76… »

On vous laisse découvrir les truculents textes de Pierre Desproges et l’on ne peut que vous inciter à offrir autour de vous cet ouvrage qui réveille un « je ne sais quoi » vaguement nostalgique. Un mélange d’humour, de passion, de provocation et d’intelligence qui semble terriblement manquer à nos trublions contemporains.

On laisse le dernier mot à Elisabeth de Meurville sans qui toute cette aventure d’à peine plus d’un an ne serait jamais arrivée : « Encore des nouilles c’est un plaisir sans rides ! »   

Cheers !

Encore des Nouilles 
Chroniques Culinaires de Pierre Desproges
Editions Les Echappés
www.desproges.fr
Pour commander le livre en ligne cliquez ici.

Newsletter

PayPal

LePourBoire 22 rue du cloitre saint merri 75004 PARIS Tlphone : 09 81 98 44 70