Le bon vin est-il cher ?

  • Le bon vin est-il cher ?

Chers amis, l’heure est grave.

Vous avez peut être déjà cédé aux affres du marketing et de la communication, en profitant de cette rentrée pour aller jeter un œil aux foires aux vins des grandes surfaces. Loin de nous l’idée de juger cette infidélité au Pourboire ni cet engouement légitime pour les bonnes affaires mais plutôt de susciter chez vous un questionnement.

Qu’est ce qu’une bonne affaire en matière de vin ? Quel est le juste prix d’une bouteille ? Le bon vin est-il cher ?

Autant de questions vino-métaphysiques auxquelles nous allons tenter, sinon de répondre, d’apporter un éclairage.

 

Le tour de magie des bonnes affaires.

Si nous sommes d’accord pour convenir que le plaisir d’un bon vin est décuplé par le fait de se l’être procuré à un bon prix, il ne faut pas pour autant tomber trop facilement dans le piège du marketing.

Donner l’illusion aux consommateurs qu’ils vont faire une bonne affaire est un des principes phares des foires aux vins organisées chaque année dans nos supermarchés. Sur le modèle bien connu des soldes, les vins sont en ce moment bradés. Compétition de prix barrés, de promos clinquantes, d’affaires « à ne pas rater », de prix défiants toute concurrence… Le vocabulaire est rodé et ça marche : les foires aux vins représentent une grande partie du chiffre d’affaire réalisé dans l’année par la grande distribution. Mises en avant sur les linéaires, les grandes marques du Bordelais sont là pour attirer les caddies. L’essentiel est de faire croire à la bonne affaire car c’est là que l’on fait naitre le désir et le plaisir de l’acte d’achat. Bien évidemment si quelques vins sont intéressants et méritent le déplacement, c’est aussi l’occasion d’écouler des stocks de vins sans intérêt. Certaines têtes d’affiche à prix cassés des catalogues de foires aux vins ne sont que des appâts proposés en toute petite quantité. Le reste des vins bradés le sont finalement assez peu (seulement 7% de rabais en moyenne). Au final on achète un prix et non un vin.

Méfiance donc au miroir aux alouettes des prix barrés et aux vins foireux, à trop vouloir faire de bonnes affaires on finit par en faire de mauvaises.

Le juste prix d’une bouteille

Le prix d’une bouteille dépend d’un grand nombre de paramètres. Son terroir, sa rareté, sa notoriété, sa demande, son histoire, son positionnement, son classement… Et finalement assez peu son goût bien que cet aspect très subjectif puisse heureusement influencer de manière considérable son succès. Le prix d’un vin comme tout produit résulte de la loi de l’offre et de la demande et d’un positionnement par rapport à ses concurrents. Le coût de production d’un Grand Cru Classé de Bordeaux peut être évalué entre 10 et 30€. Si leurs prix de vente sont aussi éloignés de leur coût de production c’est en grande partie dû à leur succès sur différents marchés qui sont prêts à débourser des sommes bien plus importantes pour avoir ces vins. Au final on achète une étiquette et non un vin.

Si on rajoute à ça la spéculation et le phénomène de rareté de certains millésimes on arrive à des prix astronomiques et irréels pour quelques centilitres de jus de raisin fermenté. A titre d’exemple, une personne a déboursé 223 967€ pour une impériale de Cheval Blanc 1947. On ne sait pas si il l’a bue, ni même pissée et encore moins si c’était bon, mais à ce prix on ne peut que lui souhaiter !

Plusieurs études tentent même de prouver que compte tenu de son prix, ce vin a dû être apprécié à coup sur.

Plus c’est cher, plus c’est bon

Vous connaissez peut être la fameuse anecdote des deux hommes d’affaires russes. Nouvellement riches et pris par un soudain intérêt pour le vin après des années de vodka frelatée, ils comparent leurs caves et leurs dernières acquisitions. L’un d’eux montre fièrement un grand bourgogne en disant : « J’ai acheté cette bouteille 1000€. » Et l’autre de lui répondre : « Tu t’es fait avoir mon vieux Fiodor, je l’ai acheté plus du double. »

Si cette histoire peut faire sourire, elle révèle une chose importante qui est appuyée par plusieurs études : le prix d’un vin peut influer sur le plaisir que l’on a à le déguster.

Les plus fidèles du Pourboire connaissent Frédéric Brochet pour son vin Ampelidae que nous vous avions présenté l’année dernière. Frédéric est également Docteur en œnologie et spécialiste de la psychosociologie de la dégustation.

Voici ses propos sur le sujet rapportés par l’excellent site www.bourgogne-live.fr :

«  Quelques études ont en effet mis en évidence l’importance du prix dans la constitution d’une représentation du goût au sens large, aux côtés des informations idéelles (qui ont trait aux idées que l’on se fait de l’objet, comme les lieux où il est consommé, les personnalités qui le consomment…). Le goût n’est en effet pas « dans la bouteille » mais se construit dans la tête du dégustateur, soumis aux influences de sa culture, son histoire et bien entendu son patrimoine génétique. »

« Si le vin est par exemple déjà catalogué comme grand et cher, avant de porter le verre aux lèvres, le cerveau traitera cette information. Et il n’en sera que meilleur. D’autant que c’est du « solide », alors que les odeurs et les saveurs procurées par le vin lui-même sont plus évanescentes. »

Notre cerveau décrète sans aucune concertation avec notre ressenti et notre goût que le vin est bon puisqu’il est cher. Une forme de totalitarisme implicite du fric sur notre goût et sur notre perception des choses. Rien de bien étonnant me direz-vous mais pas moins inquiétant…

Alors que faire ?

Tout d’abord se détacher du prix en s’orientant vers des vins abordables. Plutôt que de rêver à des bouteilles inaccessibles, cherchez les vraies perles rares du vignoble entre 5 et 20 euros.

Si votre éducation, vos bonnes manières et votre cave vous empêchent de snober les « Grands vins » alors buvez-les mais à l’aveugle avec des amis. En jouant vraiment le jeu vous verrez la vraie valeur de ces vins. Pour certains vous serez transcendé et pour d’autres surement un peu déçu. Ça vous permettra de racheter les vins qui vous ont le plus plu et non ceux que votre cerveau vous avait ordonné d’aimer.

Dernier point : varier les plaisirs. C’est le vrai luxe, celui de pouvoir passer d’un petit vin à une grande bouteille et de savoir apprécier les deux pour ce qu’ils sont. La valeur d’un vin ne devrait pas se mesurer à son prix ou à son étiquette mais à sa faculté de faire d’un moment singulier un souvenir unique.

Cheers !

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