Comment parler d'un vin ?

  • Comment parler d'un vin ?

Chers amis, l’heure est grave.

Vous débouchez plus vite que votre ombre les belles bouteilles que nous vous envoyons, vous trinquez avec aisance et dégustez les yeux fermés de forts jolis breuvages. Il n’y a là, rien de plus légitime.

Et si votre entourage reste bouche bée devant tant de panache, il arrive pourtant qu’un vin vous laisse littéralement  sans voix. Non pas que la puissance de ce jus de raisin fermenté vous ai coupé les cordes vocales mais vous n’arrivez pas à mettre des mots sur les sensations que vous percevez. Muet comme une carpe, vous ressentez cette horrible frustration de ne pouvoir partager vos émotions.

Pas de panique, sachez tout d'abord que c'est tout à fait normal. La dégustation fait appel à vos sensations et celles-ci ne sont pas toujours faciles à exprimer.

Le vin, comme la musique fait appel à des sentiments et des souvenirs souvent indicibles mais cela ne doit pas vous empêcher de vous exprimer, bien au contraire.

J'aime ou j'aime pas

La première et la plus importante question qu'il faut se poser est : Est-ce que vous aimez ce vin ? On peut tergiverser des heures, confronter les avis, se documenter sur les méthodes de fabrication, les cépages, le millésime, mais en premier lieu, demandez-vous tout simplement si vous appréciez ou non le vin que vous êtes en train de boire. Il n'y a pas là de bonne ou de mauvaise réponse donc n'ayez crainte d'être à coté de la plaque, donner juste votre ressentiment.

Ne partez pas battu en répondant de manière furtive : "j'aime bien mais je n'y connais rien". Pensez à la manière et avec quelle facilité vous jugez un film ou un livre. Pas besoin d'être agrégé de littérature pour apprécier un bouquin et encore moins d'avoir vu la filmographie complète de la nouvelle vague pour dire si tel film est un navet ou un chef d'œuvre. C'est votre avis, assumez-le. 

Le vin c'est pareil, alors dites ce que vous pensez. Si cela peut vous réconforter, même les grands spécialistes, aux palais pourtant bien entrainés, ne sont pas toujours d'accords et passent de longues heures à s'écharper vainement pour savoir qui a raison. In vino veritas ? Pas toujours visiblement…

Comprendre son goût

Si votre avis est important, il faut aussi essayer de le comprendre pour aller plus loin. "Pourquoi j'ai aimé ce vin" ou "qu'est ce qui ne m'a pas plu en le goûtant" sont les questions que vous devez vous poser.

Une jolie finesse, des arômes plaisants, une belle texture en bouche et une longue finale…  Tentez de dire ce qui vous plait.

Au contraire, si ce vin vous fait faire la grimace, essayez de déterminer pourquoi : un nez peu flatteur, trop acide en bouche, une puissance mal maitrisée, un boisé trop prononcé, une attaque agressive… Voyez ce qui vous gêne et si les mots ne viennent pas, alors mettez des images sur vos sensations.

Mettez des images sur vos sensations

Le vin a son langage et son vocabulaire n'est pas toujours facile d'accès. Mais rien ne vous empêche de piocher dedans ce qui vous parle et d'utiliser d'autres mots pour imager vos perceptions. C'est même assez amusant.

 

Vous n'êtes pas oenologue alors la dégustation doit rester une partie de plaisir. Lâchez-vous et n'ayez pas peur de dire : "ce vin me met des échardes dans la bouche" si vous trouvez que l'élevage de ce vin est trop marqué. "Ce blanc de blanc est un nuage de légèreté, là on s'envole", "Il a fait de la gonflette ce pinard, il est carrément bodybuildé, une vrai bête de foire". Ou encore rapprochez-le d'un souvenir : "ce champagne rosé me fait penser à la tarte au fraise que faisait ma grand-mère". N'ayez comme seul limite, celle de votre imagination et de vos souvenirs, vous verrez en plus d'être drôle, c'est souvent pertinent.

 

Evitez de faire le chien savant 

Synonymes de convivialité, vos dégustations ne doivent pas se transformer en débats politiques abscons où tout le monde cherche à avoir raison et campe sur ses positions. Chacun a son histoire et son vécu et du coup son approche par rapport au vin. Prenez ça comme un jeu, soyez à l'écoute de vous-même mais aussi des autres et évitez d'en faire trop. A vouloir épater la galerie, vous passerez pour un pédant trop sûr de lui qui étale sa culture à tout bout de champs et il est fort à parier que plus personne ne voudra boire des canons avec vous d'ici peu.

 

Ne soyez pas un perroquet

L'influence de vos convives peut avoir un effet négatif sur votre ressentie au moment de le formaliser. Répéter ce qu'a dit le voisin pour ne pas dire une bêtise vous éloigne encore plus de l'exercice. N'ayez pas peur de dire autre chose, soyez honnête et lancez-vous. 

Pire, faites attention à l'influence des informations que l'on vous donne sur un vin. Un ami vous lance : "ce Languedoc a été noté 92 par Parker, c'est une véritable bombe". Une fois en bouche, le vin explose mais pas dans le bon sens, il vous agresse et la dureté de ses tanins, vous font penché plus vers l'évier que vers la bouteille pour vous en resservir un verre. Bref il a visiblement plu à Mr Parker mais pas à vous, alors inutile de ravaler votre grimace et lâchez le morceau. 

Faites voeux de silence

Il se peut également qu'une fois débrider et apte à faire parler les vins que vous dégustez, vous préfériez le silence face à un grand vin. C'est tout à votre honneur. Le silence est l'aboutissement suprême du langage et sur un grand vin, tout mot fut-il bon est de nature superflue. 

Alors au son du bouchon tiré, une fois le vin versé, humé et goûté, si quelqu'un s’oppose à cette union, qu’il parle maintenant ou qu'il se taise à jamais !

Santé 

 


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