Comment reconnaît-on un vin à l’aveugle ?

  • Comment reconnaît-on un vin à l’aveugle ?

Chers amis, l’heure est grave.

Grâce aux belles bouteilles que nous vous faisons découvrir chaque mois et aux conseils que nous glissons dans chacune de vos box, vous progressez à vitesse grand V. On ne vous l’a fait plus et votre entourage reste sans-voix devant vos discours bachiques et votre assurance une fois le tire-bouchon en main. Bref, ne soyez pas modeste, vous en mettez plein la vue à tout le monde et c’est bien légitime.

Un avertissement s’impose tout de même : "c’est quand il commence à prendre de l’assurance qu'un cavalier tombe de son cheval !" Cette phrase résonne en chaque personne ayant un jour enfourché une bicyclette ou un jeune poney fougueux.

Et oui, la vie est ainsi faite, c’est au moment même où vous vous sentez le mieux, le plus à même de vous élancer un verre à la main dans des dégustations au sommet, que vous risquez de vous prendre les pieds dans le tapis.

Le vin est un produit qui rend humble. Il n’y a qu’à voir comment de grands dégustateurs se font régulièrement piéger lors de dégustations à l’aveugle pour s’en rendre compte (cf. le Jugement de Paris et la fameuse dégustation de 1976). L’exercice est périlleux, il faut bien le reconnaître, mais il est aussi l’une des seules manières pour avoir un avis objectif sur un vin. En plus si cela se passe dans le cadre convivial d’un dîner entre amis amateurs de vin c’est très amusant !

Organisez un Collin Maillard vineux !


Invitez quelques camarades férus de bons breuvages, préparer quelques jolies bouteilles, que vous prendrez le soin de décanter, cachez les flacons pour qu’elles ne soient pas visibles, servez les différents vins et savourez les réponses plus ou moins justes de vos convives perdus dans le flou vinique le plus total. Avec en prime le plaisir de faire découvrir à la fin la bouteille qu’ils auront tenté de trouver.

Bien sûr l’exercice est plus confortable quand on est l’hôte et que l’on connait l’objet du mystère et la teneur de ce que l’on sert. Mais il est fort à parier qu’après avoir organisé une telle « dégustation piège » vos amis se vengent en vous tendant le même genre de guet-apens.

À vouloir jouer au plus malin on finit souvent par se faire avoir à son propre jeu. Mais pas d’inquiétude, le Pourboire ne vous laisse pas seul devant un verre de vin inconnu. S’il est impossible de penser une seule seconde imiter Louis de Funès dans le film l’aile ou la cuisse lorsqu’il découvre à l’œil un Château Léoville Las Cases 1953, il existe quelques petites techniques vous permettant de viser juste à défaut de taper dans le mille.

L’idée ici n’est pas de se prendre pour un devin mais plutôt de mener l’enquête, de collecter quelques indices sur la couleur, les arômes, les différentes spécificités du vin, pour arriver à une conclusion sinon convaincante pas complètement hors-sujet.

A l’œil nu


Une vraie dégustation à l’aveugle s’effectue dans des verres noirs ou les yeux bandés, vous pouvez essayer bien sûr mais cela rajoute de la difficulté à un exercice déjà très ambitieux car la couleur révèle des éléments importants d’un vin. Que ce soit pour les vins rouges ou les vins blancs, la couleur et son intensité permettent de donner un premier indice. Première question à se poser : le vin est-il plutôt pâle ou foncé ?

Cette simple constatation peut vous donner un premier indice géographique. Bien sûr il n’y a pas de règle qui marche à 100%, mais sachez qu’un vin pâle aura tendance à être issu d’une région aux températures plutôt fraîches, moins ensoleillée (région du Nord). A l’inverse, un vin à la robe foncée a de grandes chances de venir d’une région plus ensoleillé, si on vulgarise la chose, un vin du Sud. La teinte du vin peut également vous donner une indication sur son âge. Si un vin blanc est « blanc vert », cela veut peut être dire qu’il est encore jeune. Au contraire s’il tend vers l’orange, peut être a-t-il pris un peu de bouteille. Un vin rouge tuilé avec des pointes d’orangé a les caractéristiques d’un vin vieilli.

Autre élément visuel qui peut vous aider dans la recherche aveuglante d’un vin : ses larmes. Les larmes ou jambes d’un vin s’observent en faisant tourner son verre, lorsque le vin s’accroche aux parois et laisse apparaître des gouttelettes qui coulent vers le bas. Plus un vin est riche en alcool plus il a des larmes épaisses dans le verre. Là encore les larmes peuvent donner une indication géographique, les vins ayant une plus grande concentration d’alcool étant généralement des vins méridionaux (vins du Sud), les autres, plus fluides, de régions plus au nord.

Le Loto des odeurs

Le nez d’un vin permet d’établir une liste d’arômes que l’on pourra rapprocher des caractéristiques de telle région, de telle appellation, d’un vin plutôt jeune ou vieux. Cette étape n’est pas la plus facile, elle fait appel à vos sens et à votre mémoire olfactive.

Il faut arriver à exprimer les sensations que vous ressentez en les classant dans les grandes familles d’arômes. La fraîcheur et le coté végétal traduise souvent le nez d’un vin jeune. Le bois et l’aspect grillé amène à penser que le vin a été élevé en fut de chêne. Le coté mûr voire confit de certains arômes de fruits traduit un vin déjà bien évolué. Si un arôme de sous bois est très présent cela peut vous guider vers un vieux millésime.

Le plus dur est de tenter de déterminer en fonction des arômes une correspondance avec les cépages. Il existe des tableaux aromatiques de ce genre mais le mieux est d’identifier lors de dégustations préalables des arômes marquants pour chaque grand cépage.

C’est très personnel, mais vous remarquerez peut être ainsi, le coté poivré de la Syrah, une touche de réglisse dans le cabernet franc ou encore les notes de pèche et d’abricot et le coté très floral du Viognier. Une fois ces marqueurs olfactifs personnellement établis, faites appel à votre mémoire pour essayer de les confondre avec le vin que vous essayez de trouver. En fait c’est un peu comme le loto des odeurs de votre enfance mais en version + de 18 ans.

Mise en bouche

Dernière étape, on goûte le vin. Cette mise en bouche confirmera ou pas les arômes précédemment ressentis au nez et vous donnera de nouveaux éléments. Notamment au niveau des tanins, de la finesse, de la longueur, de l’acidité et de l’onctuosité d’un vin. Un vin d’une grande finesse, assez tannique aux arômes de fruits rouges bien mûrs et à la robe sombre peut vous faire pencher pour un Bordeaux. Un vin plus léger en bouche, d’une belle finesse, avec des arômes de truffe au nez, et une robe pale un peu tuilée, peut vous faire penser à un vin rouge de Bourgogne sur un millésime ancien.

Cette étape est là encore très personnelle, elle fait appel à vos expériences passées. Si vous avez goûté de nombreux vins blancs de Loire, vous reconnaîtrez surement certains aspects marquants de ces vins (agrumes, fleurs blanches) et de leur terroir (minéralité, pierre à fusil comme dans certains Sancerre).

Le mieux si vous êtes dans le flou, et vous le serez à coup sûr, est de poser des questions au fur et à mesure de votre dégustation. A chaque étape, demandez à votre hôte, si c’est un vin jeune ou plutôt vieux, questionnez-le sur tel ou tel aspect du vin et avec les quelques éléments qu’il vous donnera vous pourrez avancer dans votre raisonnement, rectifiez le tire comme dans une partie de « Qui est-ce ? ».

Pour finir sachez qu’il faut déjà avoir goûté plusieurs fois un vin pour arriver à le deviner à l’aveugle. Le vin est un produit vivant et peut être différent d’une bouteille à l’autre même sur un millésime identique, ce qui rend le blind tasting plus proche d’un jeu de hasard et de spéculation que de l’analyse scientifique.

Un jeu de Collin Maillard vinique qui reste amusant si on ne le prend pas trop au sérieux et qui a le mérite de faire travailler sa mémoire et de rester humble face à l’immense diversité des produits de nos terroirs.

Santé !

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